"Le cycle 16 proposé par l’IHEPS sera l’occasion de se demander quelles conditions doivent être réunies pour préserver notre système de sécurité sociale et plus largement de protection sociale et garantir sa pérennité et sa durabilité."
Rencontre avec Marisol Touraine, marraine de du cycle 16 (2025) de l’IHEPS
J’ai d’abord travaillé sur les questions internationales, que j’ai enseignées à Sciences Po Paris, et été la conseillère du Premier ministre (1988-1991) pour les sujets militaro-stratégiques. J’ai été élue à partir de 1997, députée de l’Indre-et-Loire, conseillère générale puis présidente du Conseil départemental. J’ai été ministre des Affaires sociales et de la Santé de 2012 à 2017, également en charge des droits des femmes entre 2014 et 2016. Je préside aujourd’hui Unitaid, une organisation multilatérale partenaire de l’OMS qui favorise l’accès à la santé dans le Sud global.
Je suis conseillère d’Etat, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm), agrégée de Sciences économiques et sociales, diplômée de l’IEP de Paris.
La création de la sécurité sociale a fait de la solidarité, sous toutes ses formes, l’un des socles de notre démocratie. Il faut préserver cet acquis tout en garantissant la soutenabilité de notre système dans la durée. Les défis financiers sont énormes à un moment où des enjeux structurels liés au vieillissement de la population, à l’évolution du monde du travail, aux transformations des familles appellent des réformes de structure. Les besoins mais aussi les attentes de la population évoluent. L’avenir de la sécurité sociale passe notamment par la pédagogie de son histoire, de ses succès, de ses contraintes.
Ministre, j’échangeais beaucoup avec mes homologues européens car nous partagions les mêmes défis. Aujourd’hui présidente d’Unitaid, je constate d’abord que la santé est globale, comme l’a encore montré la pandémie de Covid-19 : pour nous protéger, nous devons protéger tout le monde et nous devons travailler à des réponses communes aux futures crises. Ensuite, je vois que partout le développement de la prévention et de l’offre de soins de premier recours, la formation de professionnels autres que les médecins, l’inclusion des communautés de patients s’imposent comme des options clés. La santé passe par l’innovation, et celle-ci est autant sociale que médicale et technique.
Je me vois comme une facilitatrice de la réflexion, apportant mon expérience concrète au pot commun de l’analyse. Comme ministre, j’ai essayé de suivre un cap, de donner une colonne vertébrale à l’action que j’ai mise en œuvre. Je peux contribuer à passer de la réflexion et des concepts, aux pistes d’action et de décision. Je crois aux vertus de la discussion pour forger des références communes et, pourquoi pas, explorer des pistes partagées. Nous sommes à un moment de grands bouleversements, qui nous obligent à remettre en cause nos certitudes.
Je me réjouis de la proposition que m’a faite Claude Evin, que j’ai immédiatement acceptée car je la trouve enthousiasmante. C’est stimulant de rencontrer des personnalités venues d’horizons divers, d’apprendre de leurs expériences et de se nourrir de leurs parcours.